Sauver le capitalisme ou changer d’économie ?

Ce texte est paru sur le site de Libération et sur médiapart (blog alicecoop) cette tribune est co-signée par 22 personnes ( voir en fin de texte) dont Sylvie Mayer , Janine Guespin et Benoît Borrits qui participent aux travaux de la commission ESS du PCF, n’hésitez pas à faire part de vos réflexions, d’autres actions (confinées) vont suivre, salut et adelphité

François Bernard

 

La pandémie de Covid-19 a mis à l’arrêt de nombreuses entreprises ce qui laisse anticiper une récession significative. Gouvernements et institutions financières internationales n’ont plus qu’un mot d’ordre : sauver l’économie ! Mais de quelle économie parle-t-on ?

La politique d’Emmanuel Macron et des institutions financières internationales vise à sauver le capitalisme

Le gouvernement souhaite-t-il réellement aider les entreprises, qui vont rencontrer de grandes difficultés économiques au cours des mois prochains, ou veut-il simplement sauver le patrimoine des actionnaires ? Pour ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé, il ne s’agit pas de sauver les entreprises ou d’accompagner les entrepreneurs mais de protéger les logiques financières qui ont conduit ces dernières années à dévaloriser le travail en le traitant comme un coût qu’il faut sans cesse réduire. Contrairement à une idée reçue, la référence n’est plus « l’entreprise » dans laquelle les collectifs de travail produisent les biens et/ou les services, mais la « société de capitaux », entité juridique derrière laquelle opèrent les actionnaires et les propriétaires des actions.

Ainsi, c’est le collectif de travail qui constitue l’entreprise. Sa finalité n’est pas de faire du profit mais de produire et vendre des biens et des services, de réaliser une valeur ajoutée. La société de capitaux est l’expression juridique la plus répandue de l’entreprise dans laquelle les actionnaires captent, sous forme de profit, une partie de la valeur ajoutée, ce qui n’est pas le cas chez les artisans et dans les Scop. Salaires et cotisations sociales sont un dû, et lorsque les actionnaires ne peuvent les honorer, le pouvoir doit revenir aux salarié.es pour la sauvegarde de l’entreprise.

C’est ce que l’État veut à tout prix éviter. Or ce n’est pas à l’État, c’est-à-dire aux citoyen.nes et contribuables, de se substituer aux sociétés dans le paiement des salaires et des cotisations sociales. En faisant cela, l’État épargne les sociétés qui, comme Amazon, profitent de la crise du moment. En période de baisse de la production, les salaires et cotisations sociales doivent être assurés collectivement par l’ensemble des entreprises et si elles ne le peuvent pas, les salarié.es doivent prendre le contrôle de celles-ci. L’intervention de l’État n’a pour objectif que de sauver le capitalisme et nullement l’économie réelle.

Ce sauvetage est contradictoire avec les aspirations sociales et écologiques des populations

Cette pandémie est aussi l’occasion de découvrir l’évidence. La chute de la production en Chine a provoqué une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 25 % sur les deux premiers mois de l’année. Les Vénitiens sont stupéfaits de revoir des poissons dans des eaux devenues subitement claires. L’air est désormais moins asphyxiant dans nos villes.

Beaucoup se mettent à espérer que la sortie de la pandémie soit l’occasion de repenser nos modes de production et de vie, de conjurer le péril écologique qui menace notre humanité. D’autant que moins de production signifie plus de temps libre, plus de temps pour soi. Et si nous éliminions les productions inutiles ? Et si nous arrêtions les stratégies d’obsolescence programmée des entreprises ? Et si, plutôt que de recycler les emballages, source de nouvelles pollutions, nous nous engagions dans une démarche de zéro-déchets ? Et si, en ayant considérablement baissé le transport des marchandises, nous changions nos modes de transport individuels pour privilégier le rail au détriment de l’avion et de la voiture ? Ceci suppose de revenir sur les plans de privatisation du rail. Et si nous arrêtions de considérer le non-marchand comme une « charge » qui pèse sur la compétitivité des sociétés de capitaux, afin de disposer d’une santé publique à la hauteur d’une société humaine et digne ?

Tout ceci est possible et nécessite des débats citoyens ainsi que des plans massifs de reconversion professionnelle dans une logique qui ne laisse plus personne en situation d’exclusion économique. Ceci implique de reconnaître enfin les qualifications des individus. Mais cette nouvelle manière de voir est contradictoire avec le plan de relance qui est annoncé dont l’unique objectif est de redonner de la valeur aux sociétés de capitaux.

Le principe de démocratie doit prévaloir dans toute la société, y compris dans la sphère de l’économie

La sauvegarde de l’économie productive de biens et de services passe par la reprise en mains des entreprises par les salarié.es et le pouvoir donné aux usagers de déterminer ce qu’il faut produire. Nous ne pouvons plus laisser les forces du marché déterminer les investissements et les citoyen.nes doivent pouvoir déterminer les grandes orientations de l’économie par un système financier socialisé géré par elles et eux, comme l’a été le régime général de sécurité sociale de 1947 à 1967. L’exercice commun d’une telle démocratie économique suppose que nos vies soient libérées de l’aléa de marchés sur lesquels nous n’avons guère de prise.

Alors que notre humanité est aujourd’hui à un tournant qui lui permet de sauver son existence, une partie de la gauche et de l’écologie politique reste silencieuse sur cette opportunité qui porte en elle ses aspirations : la sauvegarde de l’environnement et la disparition de l’exploitation du travail et de l’aliénation marchande.

Demander à l’État de payer pour « sauver l’économie », c’est tomber dans un piège. Comme en 2008, l’État va soutenir les sociétés de capitaux engagées dans une course effrénée à la valorisation. Une fois celles-ci renflouées par l’argent public, les affaires reprendront de plus belle selon la logique capitaliste d’austérité pour les travailleur.ses, de casse des services publics et de fuite en avant dans une croissance indifférente aux besoins sociaux et écologiques.

Les mesures décidées par Emmanuel Macron sont destinées à sauver les sociétés de capitaux. Il faut s’y opposer. Nous avons aujourd’hui une occasion unique de changer notre façon de vivre et de réorienter toute l’économie en fonction des impératifs de la transition écologique. Il faut sauver l’économie de la faillite du capitalisme, et non sauver l’économie capitaliste de la faillite.

Signataires : Tony Andréani philosophe ; Daniel Bachet sociologue ; Ludivine Bantigny historienne ; Benoît Borrits essayiste ; Clément Caudron ingénieur ; Thomas Coutrot économiste ; Alexis Cukier philosophe ; Pierre Dardot philosophe ; Nicolas Dessaux archéologue ; Emmanuel Dockès juriste ; Bernard Friot sociologue et économiste ; Janine Guespin professeure honoraire ; Sylvie Larue enseignante ; Christian Laval sociologue ; Mathilde Larrère historienne ; Gaëlle Maillard syndicaliste ; Sylvie Mayer parlementaire européenne (1979-1994) ; François Morin économiste ; Christine Poupin syndicaliste ; Jacques Richard expert-comptable ; Jean Sève historien, Jean-Michel Toulouse ancien directeur d’hôpital ; Pierre Zarka ancien directeur de l’Humanité.

 

Changer la propriété pour dépasser le capitalisme 

Le 17 décembre 2019, l’Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales (APSES) a organisé un débat sur le thème « Changer la propriété pour dépasser le capitalisme ».

à partir des deux livres et leurs auteurs  :

Capital et idéologie, de Thomas Piketty, Seuil, 2019

Benoît Borrits, Au-delà de la propriété, Pour une économie des communs, La Découverte, 2018

Ce débat était animé par Guillaume Duval, éditorialiste à Alternatives Economiques.

 

Voir la video

 #FSMET_2020       25 au 28 juin 2020, Barcelone

 #FSMET_2020
      25 au 28 juin 2020, Barcelone
Appel à manifestation jusqu’au 15 avril!
Inscriptions ouvertes!
Plus qu’un événement, c’est un processus de convergence international alimenté par des acteurs et mouvements  qui sont au cœur de la transition sociale  et écologique. D’ores et déjà les inscriptions sont ouvertes!
Cette mobilisation souhaite mettre en visibilité les expériences fécondes autour des Economies transformatives (Economies féministes, Agro-écologie et souveraineté alimentaire, Communs, ESS et en transversal les politiques publiques, l’éducation et  la recherche, les droits humains et sociaux).
Le FSMET aura pour finalité de construire un agenda global et inclusif d’actions et de politiques transformatrices pour changer l’économie.

D’ores et déjà, 300 organisations se sont mobilisées: réseaux ESS, mouvements environnementaux et écologiques, mouvements paysans, défenseurs des droits humains, syndicats, mouvements féministes, mouvements du monde de l’éducation, de la jeunesse, collectivités locales, monde la recherche et bien d’autres…
Pourquoi pas  une Délégation PCF groupe ESS_FSMET2020, composée de membres de la commission   et de toute structure, personnes et collectivités qui souhaiteraient enrichir les contenus et propositions d’interventions au cours de cette rencontre. Rejoignez-nous!

Visitez le site  https://join.transformadora.org/?q=fr
N’hésitez pas à nous contacter par mail ou par téléphone pour toute proposition! 

Plus d’informations ici!

L’ESS et les communistes

Dans l’éditorial de coopér’actif (la revue du groupe ESS du PCF)  de février 2019, Caroline Besse écrivait “. ..En tant que communistes et militant-e-s de l’ESS, nous savons que ses principes et valeurs en font un chemin privilégié vers le dépassement du capitalisme…”

De quoi s’agit-il plus précisément ? Nous savons que le dépassement du capitalisme ce ne sera ni « le grand soir », ni la seule prise du pouvoir par les urnes. Ce sera un changement profond de société qui devra d’abord s’appuyer sur ce qui existe déjà de façon plus ou moins ébauchée (qu’on nomme souvent le communisme déjà là), tout en le développant et en créant du nouveau.

L’ESS fait partie de ces ébauches de société communiste par les valeurs émancipatrices sur lesquelles elle repose. Parmi celles-ci, deux sont fondamentales du point de vue de l’alternative au capitalisme.

D’une part, elle privilégie la valeur d’usage sur la valeur marchande, à la fois dans ses buts -notamment au niveau des association de solidarité, dans le recours aux bénévoles, et dans la non lucrativité (ou lucrativité limitée). Les coopératives ne permettent pas de bénéfice sur les parts sociales, et obligent à mutualiser sous forme de fonds propres une partie de bénéfices.

D’autre part, elle définit un mode de gestion démocratique pour les entreprises (coopératives notamment) avec le fameux slogan issu des statuts « une personne une voix » permettant aux salariés coopérateurs d’avoir le pouvoir dans la gestion et les objectifs de l’entreprise. Évidemment, il s ‘agit là de possibles qui font donc l’objet d’une très forte lutte idéologique dont l’issue est déterminante pour faire ou pas de l’ESS du communisme déjà là. Sans compter qu’il manque encore des notions importantes pour faire de l’ESS une véritable alternative au capitalisme, notamment la remise en question de la subordination dans le cadre de l’entreprise.Il y a là un champ d’action important pour les communistes.

Les forces libérales de leur côté, ont pris conscience du danger que représente l’ESS, et mettent en place des moyens importants pour la transformer en se débarrassant précisément de ces deux aspects émancipateurs. La loi Hamon de 2014 avait déjà ouvert la brèche en introduisant la possibilité pour certaines entreprises à but lucratif de se parer du label ESS. Avec la notion d’entrepreneuriat social, de french impact, le gouvernement Macron cherche à faire disparaître l’idée de démocratie, comme de non-lucrativité au profit de celle de « mission ». Pire encore peut être, le remplacement par des appels d’offres, des subventions qui permettaient à de nombreuses associations de solidarité de vivre, remet en avant la valeur marchande et la compétition, au détriment de la valeur d’usage. Les associations devenant concurrentes pour ces missions qui sont évaluées en fonction des critères marchands des bailleurs de fonds.

Les valeurs émancipatrices sont certes loin d’être toujours mises en œuvre dans les structures de l’ESS. Les banques dites coopératives, voire certaines mutuelles, fonctionnent avec les mêmes « valeurs » que les banques capitalistes, et mettent en pratique un simulacre de démocratie. Mais cela ne doit pas masquer le fait que de multiples structures de l’ESS réussissent à mettre en œuvre ces valeurs. Certaines coopératives, parviennent à un degré important d’autogestion, la forme la plus élaborée de démocratie à l’entreprise. Dans de nombreuses structures de l’ESS, un fonctionnement écoresponsable, souvent à ancrage territorial, fait jouer à la valeur d’usage un rôle important, même si, évidemment, ces coopératives restent soumises à la « loi du marché ». On a beaucoup parlé de la Scop Ti issue de la lutte des Fralibs, mais il y en a beaucoup d’autres de plus ou moins grande taille, créées de novo ou reprises à partir entreprises capitalistes. Favoriser, partout où c’est possible l’implantation de telles structures, aider au développement de pratiques cohérentes avec les valeurs ou en empêcher la perte par la routine, sont des tâches que des municipalités communistes peuvent réaliser avec succès. Mais faire connaître et reconnaître ces valeurs dans les structures de l’ESS qui s’en sont détournées, peut devenir une tâche des communistes usagers de ces structures. Enfin faire connaître hors de l’ESS les valeurs de celle-ci et les multiples cas où elles irriguent les pratiques avec succès peut faire l’objet des préoccupation de tous les communistes. Cela permet de montrer qu’une alternative au capitalisme est non seulement souhaitable, mais qu’elle est possible dès maintenant, malgré les fortes contraintes de notre société capitaliste.

La commission ESS du PCF a entrepris un travail pour dégager une conception communiste de l’ESS qui devrait donner lieu à un manifeste aidant les communistes dans ces tâches à court terme, tout en faisant des propositions à moyen terme pour une amélioration de la mise en œuvre du communisme déjà là.

Janine Guespin et Sylvie Mayer

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